Du désir de s'entourer de drames

Un poste qui ressemble ou rejoint celui sur l'addiction aux relations toxiques, peut-être un plus personnel et moins scientifique.



Il est 3 heures du matin et en bas de l'immeuble 14 de la rue Saint Rémy, une fille pleure et implore depuis le trottoir. Au tout dernier étage, un homme l'observe, sourire narquois aux lèvres. Il descend bientôt pour la faire taire, par pas compassion mais par honte - la honte que cette "hystérique" réveille les voisins et qu'il se voit associé à elle.


Cette fille, c'est moi. Cet homme c'est Nicolas, mon ex avec qui je suis restée 4 ans. Quatre ans pendant lesquelles je devais être "sage" si je souhaitais mériter certaines choses, je devais m'habiller ou agir d'une certaine manière, coller à une image idéale. Des mois plus tard, j'ai écrit un long texte sur l'emprise d'un autre sur mon identité. Ce texte finissait par :

"Voilà. Quand je t'ai rencontré j'étais brisée en mille morceaux. Tu as vaguement tenté de les recoller pour me façonner à l'image idéale que tu avais en tête. Quand tu n'y es pas parvenu, tu as tout laissé tomber par terre. Tu m'as brisé 2 fois plus."

Je sais ce qu'on pourrait dire : "Au moins cela t'a servi de leçon, donc c'était utile." C'est faux ; ni à ce moment-là, ni dans les 5 prochaines années, je ne vais apprendre de mon erreur avec Nicolas.


Fatalité

Nicolas a des tendances narcissiques et c'est pour cette raison que je suis allée vers lui. Je suis dépendante affective et c'est pour cette raison qu'il est allé vers moi. On se complétait, d'une certaine façon. J'avais besoin de confirmer que je ne valais rien à travers lui, il avait besoin de se sentir puissant à travers moi. Tous les 2, nous souffrons d'un manque d'estime profond (j'irais même dans un prochain post jusqu'à définir le pervers narcissique par l'idée que son identité n'existe plus). Tous les 2, nous sommes vides sans les autres, sans leur énergie.

Comment définir l'énergie ? L'énergie est un flot d'informations envoyé au corps et retransmis au cerveau puis régulé pour être intégré. Le mot clé ici est régulation.

La régulation ne peut se faire correctement lorsque nous souffrons d'un problème mental, bien souvent pour des questions neurobiologiques : si certaines personnes souffrent à une intensité plus élevée c'est parce que l'amygdale (partie du cerveau qui s'active en cas de stress / peur / agression) est trop active depuis un évènement traumatisant et / ou l'adaptation à un milieu perçu comme dangereux (éducation, harcèlement...).

Dans ces conditions, le lobe frontal ne peut pas faire son travail de régulateur.

Pour une personne atteinte d'un trouble impliquant la suractivité de l'amygdale, les signaux renvoyés par le flot d'information extérieur sont également mal intégrés :

  • Réactions extrêmes

  • Pessimisme

  • Crises de panique

  • Sentiment d'être condamné

  • Mauvaises interprétation des mots ou actions

  • Sentiment de solitude extrême

J'ai mentionné que ce post serait moins scientifique, mais ces explications sont utiles pour mieux comprendre pourquoi certaines personnes (ou livres) qui conseillent "D'arrêter d'y penser et de faire de la méditation" ne se rendent pas compte que sur le plan neurobiologique, ce genre de conseil est inutile voir dangereux : "qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Les autres y parviennent et moi non?".


Victime et bourreau

Alors, est-ce que c'est si simple que ça ? Il était le méchant, j'étais la pauvre fille ? Et que dire de ces autres hommes vers lesquels j'étais inlassablement attirée pour les mêmes raisons ? J'aurai pu écouté mon cerveau, mal me réguler et faire des généralités "Tous les hommes sont des connards." Mais j'avais besoin de plus, parce que j'ai besoin d'aller au fond des choses pour m'en sortir. Parce que me dire que c'était de la faute des autres si j'étais si malheureuse, c'était trop facile, trop confortable et ne résolvait rien.

C'est moi qui ai voulu me distraire du vide que je ressentais à travers ces scènes négatives quotidiennes pendant des années.

C'est moi qui ne cherchait pas à mieux me connaître mais à me cacher : mentir, enjoliver, obéir. Parce que lorsque l'on ne reconnait pas notre valeur, nous endossons inconsciemment un rôle plus facile à présenter au monde extérieur.

Je ne crois pas aux "énergies" des gens au sens philosophique du terme.

Je pense que par nos expériences passées nous interprétons plus ou moins précisément ce qu'un individu nous montre (combien de fois il nous arrive de penser que quelqu'un nous regarde mal quand il s'agit d'une peur du rejet de notre part ; d'avoir une première impression totalement fausse en rencontrant quelqu'un?). Je pense que le cerveau est très trompeur et qu'au lieu d'écouter nos intuitions rationnelles (logique), bien souvent nous écoutons nos peurs (émotions).


Et je pense qu'une personne avec des tendances narcissiques sera très facilement attirée par quelqu'un de codépendant, quelqu'un qu'elle reconnaît comme elle se perçoit elle-même au fond : peu confiant et tout en façade.


Cela fait 7 ans que Nicolas ne fait plus partie de ma vie, pourtant je pense souvent à ces moment où je me suis laissé happer dans une relation sans même que la simple pensée que je méritais mieux m'effleure.

J'ai beaucoup de compassion pour les personnes que nous étions à cette époque, beaucoup de compassion pour cet homme qui a grandit dans un milieu si difficile qu'il a été obligé de dissimuler ses faiblesses et devait rabaisser les autres pour se donner l'illusion qu'il allait bien.


Looking back... and forward.

On dit souvent de ne pas regarder en arrière, que le passé est le passé, qu'il ne peut être changé. Pourtant, aujourd'hui, je subis une nouvelle période de dépression, et en regardant en arrière, en lisant d'anciennes conversations, j'ai réalisé à quel point j'avais changé. J'ai réalisé que je ne voulais plus être cette personne qui vit dans le négatif et la peur.

Parce que tout a une explication, parce que j'ai trouvé du réconfort dans les livres de psychologie, de biologie mais que cela ne suffit pas toujours, j'ai décidé de me tourner une nouvelle fois vers des professionnels et suivre des séances de neurofeedback dont je parlerais très bientôt.









334 vues